Fellation et train de vie
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J’attrape le journal. En diagonale me le lis : comédie du G8, femmes de présidents en visite botanique — faut bien occuper les fleurs parce que le trou dans la couche d’ozone ça leur passe au-dessus des pétales, forcément—, violents orages dans le ciel du Nord-pas-de-Calais, et : une pratique régulière de la fellation diminue de 40% le risque de cancer du sein chez la femme. Je me lis l’article, me le relis, si c’est scientifique alors :
— Mademoiselle, je ne vous demanderai pas si vous créchez encore chez vos parents ? Ne vous demanderai pas non plus s’ils sont à vous ses beaux yeux-là ? Ni même si niché dans votre décolleté bat un cœur pour moi ? Non, parlons prévention santé voulez-vous.
Je me ravise et ne dis mot à ma voisine de banquette : wagon 17.
Pas que j’ose pas, il est un âge où l’on ose tout, même l’indécence. Seulement voilà, et si elle acceptait, histoire de déroger à la bienséance, rompre avec les règles établies, ou plus simplement qu’elle ait tout soudainement envie de se préoccuper de sa santé, ou pour toutes autres raisons, qu’importe. Et si elle acceptait…
Et si elle acceptait, je me connais, je serais bien foutu d’en tomber raide dingue la minute qui suivrait, celle qui précéderait, pendant. Et au final, elle partirait vers un ailleurs qui n’est pas le mien, et probablement, la regardant partir, regardant sa silhouette s’étioler puis disparaître tout à fait sur le quai d’une gare, j’en crèverais. Et contre le mal au cœur lorsqu’il survient, pas de remède et encore moins de prévention. Il est même à parier qu’aucune étude sérieuse n’a été menée sur le sujet.
— Tous des branleurs ces scientifiques, dis-je, en délaissant mon journal.
Elle lève les yeux du sien, me décoche un sourire à décrocher les anges de leur firmament, ajoute que :
«  Pas tous, qu’il en existe des sérieux, d’ailleurs, elle en fait partie. »
Ah, et elle étudie quoi la jolie demoiselle ?
— Les langues oubliées.

Bordel, c’est bien ma veine.

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Une glace et les boules qui vont avec
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Je me suis réveillé changé. Je ne saurais vous dire en quoi, mais sûr que la métamorphose était consommée parce qu’elle s’imposa comme une évidence au saut du lit. Je n’étais plus le même, et, bien sûr, je cherchais à savoir en quoi.
Je m’observais devant la glace un moment, un bon moment, mais nulle modification de mon anatomie ne me parue flagrante. Cette ride-là ? Non, même pas ! Ce cheveu blanc ? Tu parles, je n’ai pas attendu que ce soit la mode pour m’en faire pousser. Cette rondeur de chair surplombant l’aine ? Sûrement pas ! Cette rondeur, c’est Michel-Ange sculpteur soi-même, qui me l’a offerte. Alors quoi ? Cet air un peu idiot, un peu béât, presque ailleurs ? Non, pas ça non plus ! Cet air, je le porte depuis tout le temps.
Et puis, là, les yeux dans les yeux, en pleine réflexion, je n’ai pu me souvenir du visage que j’avais enfant, ni de celui de ma mère, de ma sœur, de qui vous voudrez, mais que je connaissais. Ni même des sentiments que j’éprouvais alors. De mon premier amour, de son odeur, de ses fesses, de ses seins, de sa main dans la mienne…
Rien !
C’est ainsi que l’on change, en s’oubliant devant son image.
C’est ainsi que l’on vieillit, c’est ainsi, dommage et tant pis.

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