Pensées d’un mercredi 26 septembre 2007.
Le résumé n’est disponible que lorsque les permaliens sont activés.
La vérité prenait une gueule de mensonge, ou l’inverse, tellement, que je me demandais si je n’étais pas né auteur, comme d’autres naissent menteurs ?

***

— Tu vas où ? j’ai demandé.
— Me refaire une beauté, il a répondu.
Vrai, qu’elle était jolie la fille accrochée à son bras.

***


Je lui racontais des salades
Elle s’effeuillait de temps en temps
Ça n’a pas duré comme la Romaine, nous deux

***


Jimmy était l’un de ces types qui aimait se faire remarquer. Jimmy avait un look déclassé : chemise baillée ; jean délavé. Jimmy se trimballait dans une Porsche héritée. Jimmy n’aimait rien d’autre si ce n’était lui-même. Jimmy mourut un 11 septembre 2001 d’un accident de voiture, finit sa vie dans un parterre de lavande quelque part dans le Sud de la France.
Jimmy eut pour oraison funèbre le chant des criquets.
Jimmy aimait se faire remarquer, mais les caméras du monde entier, ce jour-là, rivaient leurs objectifs bien au delà d’un parterre de lavande et d’une armée de criquets bien embarrassés d’un mort et d’une carcasse fumante, pile sur leur parterre de lavande.
L’un des criquets se nommait Jimmy
Depuis, l’herbe pousse chaque fois que Jimmy Criquet raconte cette histoire.
Allez savoir…

***


Elle tapinait derrière la vitrine de l’une des rues sombres d’un port Allemand, entre-nous, on l’appelait topinambour.

***


Y’a deux façons d’être en vie, la première chacun la connaît, c’est juste après l’amour : allumer une cigarette en regardant vaguement alentours, encore groggy, encore un petit peu en dehors de la vie, et souffler, exhaler les volutes le plaisir consommé.
La seconde, c’est se lire, lire ses mots mis en papier, mis sous presse avec couverture qui se la pète en couleurs, et respirer à pleines narines le cœur du livre, le cœur des encres, se relire, se dire : « J’ai écrit ça moi ? » Et oublier dans le parfum des pages qu’il aura fallu tellement de jours pour ça, tellement de temps, de patience et de travail, Puis refermer le livre, le ranger dans sa bibliothèque et réaliser qu’entre un Richard Brautigan et un Jonh Fante, on existe, enfin. Et, pire, qu’on existe peut-être pour toujours.

|
Un peu de publicité
Le résumé n’est disponible que lorsque les permaliens sont activés.
Vous trouverez dans le N°3 du Canard en Plastic, — revue littéraire s’il en est — deux nouvelles de mon cru ainsi qu’une présentation de l’auteur par l’auteur. Et d’autres nouvelles, d’autres auteurs, bien sûr. Et plein de dessins dans les pages… Et tout ceci pour la modique somme de 12€

Mais où trouver le Canard en Plastic ?
• Libraire Delamain, 155 rue Saint-Honoré, 75001 Paris
• Librairie Compagnie, 58 rue des Ecoles, 75005 Paris
• Libraire La Hune, 170 boulevard Saint-Germain, 75006 Paris
• Libraire Tschann, 125 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris
• Libraire Libralire, 116 rue Saint Maur, 75011 Paris
• Libraire La Friche, 36 rue Léon Frot, 75011 Paris
• Libraire Atout-Livre, 203 bis avenue Daumesnil, 75012 Paris
• Libraire de Paris, 9 place de Clichy, 75017 Paris
• Libraire Le Rideau Rouge, 71 rue Riquet, 75018 Paris
• Libraire L'oeil du Silence, 91 rue des Martyrs, 75018 Paris
• Libraire Le comptoir des mots, 239 rue des Pyrénées 75020 Paris
• Café Le RATATAM, 43 rue du Général Galliéni, 93100 Montreuil
• Librairie Folies d'Encre, 9 avenue de la Résistance, 93100 Montreuil
• Maison de la Presse, chez M. SARR, 173 rue de Paris, 93100 Montreuil
• La boutique Jaune, 37 rue Robespierre, 93100 Montreuil
• Librairie Folies d'Encre, 53 avenue Gabriel Péri, 93400 Saint-Ouen
• Librairie Mille Pages, 174 rue de Fontenay, 94300 Vincennes
• Librairie Folies d'encre, 22 rue Jean Jaures, 93200 Saint-Denis
• Libraire Les mots passants, 2 rue Moutier, 93300 Aubervilliers

Et si je crèche pas à Paris ou dans ses environs ?
Le commander
ici

Et si je veux en savoir plus sur ledit Canard en Plastic avant de dépenser mes sous ?
C'est par
|
Deux trois mots
— Tu vas où ? j’ai demandé.
— Me refaire une beauté, il a répondu.
Vrai, qu’elle était jolie la fille accrochée à son bras.
|
Grandeur et des cadences

On s’ennuyait. On s’ennuyait tels deux navires échoués sur la plage zinguée d’un troquet de banlieue.
Rien ne nous faisait rire et rien ne nous intéressait, pas même reboire un verre. C’est dire…
Le ciel aussi s’ennuyait, mais lui chialait, ce qui fait qu’il s’occupait un peu quand même. Limite si on l’enviait pas, lui et ses larmes d’occupation.
On avait compté toutes les jolies filles du quartier, y’en avait quatre-vingt dix neuf. Peut-être cent, mais de la centième on n’était pas certain. Ni Momo ni moi, on pouvait garantir qu’elle était vraiment du coin.
On avait grandi ici, alors forcément on savait de quoi on causait question jolies filles en résidence. Adonc, ce quartier on le connaissait depuis toujours, contrairement à l’autre loufiat, fraîchement débarqué dont on ne savait trop où, et qui affirmait l’avoir déjà croisée, la centième.
Il travaillait là depuis deux semaines. Qu’est-ce qu’il en savait lui ?
Momo et moi, on avait grandi ici, je vous l’ai dit, mais on avait grandi assis. Assis sur les bancs de l’école pour commencer, puis sur ceux de la rue en alternance avec ceux du commissariat, et plus tard, sur ceux de l’ANPE. C’était donc naturellement qu’on avait fini notre croissance sur ces chaises-ci.
Faut dire que le troquet était pile en face de l’ANPE.
Momo était plus grand que moi, Momo avait grandi assis plus vite.
Et pour l’instant, Momo lisait la rubrique « Offres d’emplois », centième page d’un canard tout spécialement conçu pour ça.
Cent jours qu’on avait pas dégotté un boulot, cent jours qu’on avait les poches aussi vides que le cerveau d’une présentatrice de météo, cent jours qu’on s’ennuyait ferme.
Moi, j’y croyais pas à ses recherches. Qu’une entreprise ait tout soudainement besoin de deux types spécialisés dans la position assise pour tester des fauteuils, des canapés, des chaises paillées, des tabourets ou toutes autres choses sur lesquelles poser son cul, et qu’elle passe une annonce expressément pour ça… J’y croyais pas.
D’autant que même si la chose c’était avérée genre rubis sur l’ongle, que l’annonce nous ait appelé par nos prénoms respectifs et nous ait en sus proposé un salaire mirobolant pour nous asseoir et ne faire que ça, on avait pas les moyens de s’offrir les tickets de métro pour se rendre jusqu’à son siège.
On s’ennuyait, j’en profitais pour rêvasser :
À Dix-huit piges, dans notre période ANPE on faisait la même taille Momo et moi, puis il s’est mis à grandir d’un coup, tout assis qu’il était. Je m’en souviens comme si c’était ce matin : une fille passait dans la rue, derrière la vitrine du bistrot elle trimballait sa beauté comme à l’étal vitré. J’ai sifflé, puis j’ai dit :
— Bordel, c’est devenu une perle la cinquante-huitième. Elle s’arrange avec le temps.
Et j’ai resifflé.
Momo avait relevé la tête de sa bière, et corrigé :
— C’est pas la cinquante-huitième, c’est sa petite sœur : la vingt-deuxième.
Puis, comme si ça lui faisait pas de me faire la leçon de quartier, il avait rebaissé la tête pour ajouter :
« On apprend. Tentant toujours de s’instruire un peu plus, on apprend. On apprend déjà certain que nous ne serons jamais davantage que ce que nous avons toujours été, nus, perdus, seuls, et, comme au premier jour, paumés dans la merde et dans les pleurs avec cette vague idée de réintégrer le ventre d’une femme, n’importe laquelle mais pas la même. On apprend sans cesse : la diversité de l’espèce. »
J’ai demandé s’il allait bien ?
« On apprend la diversité de l’espèce » il a répété.
J’osais pas lui faire remarquer, mais j’avais bien vu que qu’il avait grandi de dix centimètres.
Deux mois plus tard il récidivait :
— Un « Je t’aime » c’est un mensonge à venir, égaré dans la réalité d’un présent, il avait dit alors que je lui demandais rien.
— Ça va Momo ? Momo ?
Et il avait pris encore dix centimètres.
Déjà que des deux, il avait toujours été le plus baraqué.
Je voyais pas bien d’où il pouvait sortir ce genre de phrases Momo, parce qu’à part les « Offres d’emploi » il ne lisait jamais, ni n’allait au cinéma ni rien d’autre. Sans parler qu’en vingt-cinq ans, je ne lui avais jamais connu une relation, en tout cas pas une du genre qui l’aurait incité à soudain réfléchir sur l’amour, la vie et toutes ces conneries…
— Elle habite deux bâtiments plus loin, avait affirmé le loufiat en me tirant de ma rêverie.
— T’entends Momo ?
Mais Momo n’entendait rien, semblait, penché sur sa page d’« Offres d’emploi », concentré comme un grand tube Nestlé.
J’ai tenté de faire diversion, parce que je le sentais bien qu’il allait recommencer ce con. J’ai dit au loufiat.
— Éh
, on nous la fait pas à nous. On est du coin Momo et moi, alors s’il y avait une centième dans le quartier, même le potentiel d’une quatre-vingt dix-neuvième et demi, on serait au jus tu penses ! Hein Momo ?
Il avait respiré profondément.
J’avais frémi, plissé les sourcils, baissé les épaules.
— On habite toujours à deux bâtiments l’un de l’autre, même lorsqu’on partage le même lit. Il avait laissé tomber dans un râle genre tragédie Hollywoodienne ou tout plein de héros mourraient à la fin.
Et il s’était remis à pousser d’un bon vingt centimètres.
J’avais rallongé mon ardoise de deux bières. Le loufiat se plaignait un peu comme quoi c’était pas les ordres du patron, qu’il allait avoir un tas d’ennuis parce que c’était plus une ardoise qu’on avait mais une toiture châtelaine, et pas celle d’un petit château encore. Mais au vu d’un Momo de désormais deux mètres quinze, il avait pas cru bon d’insister plu avant.
On avait trinqué.
Je l’avais prié de ne rien ajouter, de ne surtout rien dire, ni à propos de la centième ni à propos de rien d’autre, les bâtiments, les filles, la vie connasse, vie qui passe, les lits, tout ça, on s’en tapait.
Il avait dit « Mais, mais… ».
J’avais répondu « Non, non. »
Il avait ajouté : « N’empêche qu’ils cherchent deux types pour essayer des fauteuils, et bien payés encore. »
— Où ça ?
— Là.
Et il m’avait tendu le journal ouvert à la rubrique « Offres d’emploi » et c’était marqué en toutes lettres. Pile notre profil.
— Un miracle ! j’ai fait.
J’aurais pas dû. Aussi sec il a répondu :
— Les miracles sont à la pensée, ce que les mirages sont au désert »
Et on a plus pu le sortir du troquet vu qu’il mesurait dans les deux mètres soixante-dix maintenant.
Le temps passant je me console. Je me dis que tant pis, on avait, de toute façon, pas de quoi s’offrir des tickets de métro.
Sinon, c’était bien vrai ce que disait le loufiat, vrai de vrai : elle était belle et bien la centième jolie fille du quartier.
Elle passe de temps en temps pour voir Momo, lui dire deux trois mots gentils à la suite desquels il réfléchit intensément.
Pour l’instant il ne dit rien, mais je sens bien que d’ici peu, il va parler, parler tellement bien qu’il se pourrait qu’on s’élève encore et pourquoi pas trinquer avec les touristes déjeunant au troisième étage de la tour Effel.
Ce qui tombe bien, parce qu’on a toujours pas les moyens de s’offrir des tickets de métro, Momo et moi, pour aller jusque-là.

|