***
—
Tu vas où ? j’ai demandé.
— Me refaire une beauté, il a répondu.
Vrai, qu’elle était jolie la fille accrochée à
son bras.
***
Je lui racontais des salades
Elle s’effeuillait de temps en temps
Ça n’a pas duré comme la Romaine, nous deux
***
Jimmy était l’un de ces types qui aimait se
faire remarquer. Jimmy avait un look déclassé :
chemise baillée ; jean délavé. Jimmy se trimballait
dans une Porsche héritée. Jimmy n’aimait rien
d’autre si ce n’était lui-même. Jimmy
mourut un 11 septembre 2001 d’un accident de
voiture, finit sa vie dans un parterre de lavande
quelque part dans le Sud de la France.
Jimmy eut pour oraison funèbre le chant des criquets.
Jimmy aimait se faire remarquer, mais les caméras du
monde entier, ce jour-là, rivaient leurs objectifs
bien au delà d’un parterre de lavande et
d’une armée de criquets bien embarrassés
d’un mort et d’une carcasse fumante, pile
sur leur parterre de lavande.
L’un des criquets se nommait Jimmy
Depuis, l’herbe pousse chaque fois que Jimmy
Criquet raconte cette histoire.
Allez savoir…
***
Elle tapinait derrière la vitrine de l’une des
rues sombres d’un port Allemand, entre-nous, on
l’appelait topinambour.
***
Y’a deux façons d’être en vie, la
première chacun la connaît, c’est juste après
l’amour : allumer une cigarette en
regardant vaguement alentours, encore groggy, encore
un petit peu en dehors de la vie, et souffler,
exhaler les volutes le plaisir consommé.
La seconde, c’est se lire, lire ses mots mis en
papier, mis sous presse avec couverture qui se la
pète en couleurs, et respirer à pleines narines le
cœur du livre, le cœur des encres, se
relire, se dire : « J’ai écrit ça
moi ? » Et oublier dans le parfum des pages
qu’il aura fallu tellement de jours pour ça,
tellement de temps, de patience et de travail, Puis
refermer le livre, le ranger dans sa bibliothèque et
réaliser qu’entre un Richard Brautigan et un
Jonh Fante, on existe, enfin. Et, pire, qu’on
existe peut-être pour toujours.
Mais où trouver le Canard en Plastic ?
• Libraire Delamain, 155 rue Saint-Honoré, 75001 Paris
• Librairie Compagnie, 58 rue des Ecoles, 75005 Paris
• Libraire La Hune, 170 boulevard Saint-Germain, 75006 Paris
• Libraire Tschann, 125 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris
• Libraire Libralire, 116 rue Saint Maur, 75011 Paris
• Libraire La Friche, 36 rue Léon Frot, 75011 Paris
• Libraire Atout-Livre, 203 bis avenue Daumesnil, 75012 Paris
• Libraire de Paris, 9 place de Clichy, 75017 Paris
• Libraire Le Rideau Rouge, 71 rue Riquet, 75018 Paris
• Libraire L'oeil du Silence, 91 rue des Martyrs, 75018 Paris
• Libraire Le comptoir des mots, 239 rue des Pyrénées 75020 Paris
• Café Le RATATAM, 43 rue du Général Galliéni, 93100 Montreuil
• Librairie Folies d'Encre, 9 avenue de la Résistance, 93100 Montreuil
• Maison de la Presse, chez M. SARR, 173 rue de Paris, 93100 Montreuil
• La boutique Jaune, 37 rue Robespierre, 93100 Montreuil
• Librairie Folies d'Encre, 53 avenue Gabriel Péri, 93400 Saint-Ouen
• Librairie Mille Pages, 174 rue de Fontenay, 94300 Vincennes
• Librairie Folies d'encre, 22 rue Jean Jaures, 93200 Saint-Denis
• Libraire Les mots passants, 2 rue Moutier, 93300 Aubervilliers
Et si je crèche pas à Paris ou dans ses environs ?
Le commander ici
Et si je veux en savoir plus sur ledit Canard en Plastic avant de dépenser mes sous ?
C'est par là
On
s’ennuyait. On s’ennuyait tels deux
navires échoués sur la plage zinguée d’un
troquet de banlieue.
Rien ne nous faisait rire et rien ne nous
intéressait, pas même reboire un verre. C’est
dire…
Le ciel aussi s’ennuyait, mais lui chialait, ce
qui fait qu’il s’occupait un peu quand
même. Limite si on l’enviait pas, lui et ses
larmes d’occupation.
On avait compté toutes les jolies filles du quartier,
y’en avait quatre-vingt dix neuf. Peut-être
cent, mais de la centième on n’était pas
certain. Ni Momo ni moi, on pouvait garantir
qu’elle était vraiment du coin.
On avait grandi ici, alors forcément on savait de
quoi on causait question jolies filles en résidence.
Adonc, ce quartier on le connaissait depuis toujours,
contrairement à l’autre loufiat, fraîchement
débarqué dont on ne savait trop où, et qui affirmait
l’avoir déjà croisée, la centième.
Il travaillait là depuis deux semaines.
Qu’est-ce qu’il en savait lui ?
Momo et moi, on avait grandi ici, je vous l’ai
dit, mais on avait grandi assis. Assis sur les bancs
de l’école pour commencer, puis sur ceux de la
rue en alternance avec ceux du commissariat, et plus
tard, sur ceux de l’ANPE. C’était donc
naturellement qu’on avait fini notre croissance
sur ces chaises-ci.
Faut dire que le troquet était pile en face de
l’ANPE.
Momo était plus grand que moi, Momo avait grandi
assis plus vite.
Et pour l’instant, Momo lisait la rubrique
« Offres d’emplois », centième page
d’un canard tout spécialement conçu pour ça.
Cent jours qu’on avait pas dégotté un boulot,
cent jours qu’on avait les poches aussi vides
que le cerveau d’une présentatrice de météo,
cent jours qu’on s’ennuyait ferme.
Moi, j’y croyais pas à ses recherches.
Qu’une entreprise ait tout soudainement besoin
de deux types spécialisés dans la position assise
pour tester des fauteuils, des canapés, des chaises
paillées, des tabourets ou toutes autres choses sur
lesquelles poser son cul, et qu’elle passe une
annonce expressément pour ça… J’y
croyais pas.
D’autant que même si la chose c’était
avérée genre rubis sur l’ongle, que
l’annonce nous ait appelé par nos prénoms
respectifs et nous ait en sus proposé un salaire
mirobolant pour nous asseoir et ne faire que ça, on
avait pas les moyens de s’offrir les tickets de
métro pour se rendre jusqu’à son siège.
On s’ennuyait, j’en profitais pour
rêvasser :
À Dix-huit piges, dans notre période ANPE on faisait
la même taille Momo et moi, puis il s’est mis à
grandir d’un coup, tout assis qu’il
était. Je m’en souviens comme si c’était
ce matin : une fille passait dans la rue,
derrière la vitrine du bistrot elle trimballait sa
beauté comme à l’étal vitré. J’ai sifflé,
puis j’ai dit :
— Bordel, c’est devenu une perle la
cinquante-huitième. Elle s’arrange avec le
temps.
Et j’ai resifflé.
Momo avait relevé la tête de sa bière, et
corrigé :
— C’est pas la cinquante-huitième,
c’est sa petite sœur : la
vingt-deuxième.
Puis, comme si ça lui faisait pas de me faire la
leçon de quartier, il avait rebaissé la tête pour
ajouter :
« On apprend. Tentant toujours de
s’instruire un peu plus, on apprend. On apprend
déjà certain que nous ne serons jamais davantage que
ce que nous avons toujours été, nus, perdus, seuls,
et, comme au premier jour, paumés dans la merde et
dans les pleurs avec cette vague idée de réintégrer
le ventre d’une femme, n’importe laquelle
mais pas la même. On apprend sans cesse : la
diversité de l’espèce. »
J’ai demandé s’il allait bien ?
« On apprend la diversité de
l’espèce » il a répété.
J’osais pas lui faire remarquer, mais
j’avais bien vu que qu’il avait grandi de
dix centimètres.
Deux mois plus tard il récidivait :
— Un « Je t’aime » c’est
un mensonge à venir, égaré dans la réalité d’un
présent, il avait dit alors que je lui demandais
rien.
— Ça va Momo ? Momo ?
Et il avait pris encore dix centimètres.
Déjà que des deux, il avait toujours été le plus
baraqué.
Je voyais pas bien d’où il pouvait sortir ce
genre de phrases Momo, parce qu’à part les
« Offres d’emploi » il ne lisait
jamais, ni n’allait au cinéma ni rien
d’autre. Sans parler qu’en vingt-cinq
ans, je ne lui avais jamais connu une relation, en
tout cas pas une du genre qui l’aurait incité à
soudain réfléchir sur l’amour, la vie et toutes
ces conneries…
— Elle habite deux bâtiments plus loin, avait
affirmé le loufiat en me tirant de ma rêverie.
— T’entends Momo ?
Mais Momo n’entendait rien, semblait, penché
sur sa page d’« Offres
d’emploi », concentré comme un grand tube
Nestlé.
J’ai tenté de faire diversion, parce que je le
sentais bien qu’il allait recommencer ce con.
J’ai dit au loufiat.
— Éh
, on nous
la fait pas à nous. On est du coin Momo et moi, alors
s’il y avait une centième dans le quartier,
même le potentiel d’une quatre-vingt
dix-neuvième et demi, on serait au jus tu
penses ! Hein Momo ?
Il avait respiré profondément.
J’avais frémi, plissé les sourcils, baissé les
épaules.
— On habite toujours à deux bâtiments
l’un de l’autre, même lorsqu’on
partage le même lit. Il avait laissé tomber dans un
râle genre tragédie Hollywoodienne ou tout plein de
héros mourraient à la fin.
Et il s’était remis à pousser d’un bon
vingt centimètres.
J’avais rallongé mon ardoise de deux bières. Le
loufiat se plaignait un peu comme quoi c’était
pas les ordres du patron, qu’il allait avoir un
tas d’ennuis parce que c’était plus une
ardoise qu’on avait mais une toiture
châtelaine, et pas celle d’un petit château
encore. Mais au vu d’un Momo de désormais deux
mètres quinze, il avait pas cru bon d’insister
plu avant.
On avait trinqué.
Je l’avais prié de ne rien ajouter, de ne
surtout rien dire, ni à propos de la centième ni à
propos de rien d’autre, les bâtiments, les
filles, la vie connasse, vie qui passe, les lits,
tout ça, on s’en tapait.
Il avait dit « Mais, mais… ».
J’avais répondu « Non, non. »
Il avait ajouté : « N’empêche
qu’ils cherchent deux types pour essayer des
fauteuils, et bien payés encore. »
— Où ça ?
— Là.
Et il m’avait tendu le journal ouvert à la
rubrique « Offres d’emploi » et
c’était marqué en toutes lettres. Pile notre
profil.
— Un miracle ! j’ai fait.
J’aurais pas dû. Aussi sec il a répondu :
— Les miracles sont à la pensée, ce que les
mirages sont au désert »
Et on a plus pu le sortir du troquet vu qu’il
mesurait dans les deux mètres soixante-dix
maintenant.
Le temps passant je me console. Je me dis que tant
pis, on avait, de toute façon, pas de quoi
s’offrir des tickets de métro.
Sinon, c’était bien vrai ce que disait le
loufiat, vrai de vrai : elle était belle et bien
la centième jolie fille du quartier.
Elle passe de temps en temps pour voir Momo, lui dire
deux trois mots gentils à la suite desquels il
réfléchit intensément.
Pour l’instant il ne dit rien, mais je sens
bien que d’ici peu, il va parler, parler
tellement bien qu’il se pourrait qu’on
s’élève encore et pourquoi pas trinquer avec
les touristes déjeunant au troisième étage de la tour
Effel.
Ce qui tombe bien, parce qu’on a toujours pas
les moyens de s’offrir des tickets de métro,
Momo et moi, pour aller jusque-là.
