Depuis
quelque temps, un présidentiable dont la pensée est
aussi ramassée que sa taille, remplace ses « Si
je suis élu président de la république… »
par des « Si j’suis élu Président de la
république…». Sans doute pense-t-il que
formulant ainsi son désir de grandeur, il se
rapproche de l’homme de la rue qui, —
comme chacun sait et s’en doute — est
piètre causeur.
Ou s’imagine-t-il que passant à l’as un
« e » qu'il sera prochainement roi du nous.
Ou peut-être qu’un des membres de son équipe de
communication, — membre d’élite ça va de
soit — s’est penché sur la question, et
qu’équipé de tout son savoir ledit membre a
découvert que le lambda s’exprimait
ainsi :
— Un p’tit café Marcel ?
— J’suis pas sûr, vais
p’t’être bien m’prendre une
pression.
D’où la grande révélation et sa mise en
application.
Et tu sais quoi Machin, outre que virer les
« e » de ton univers c’est tout
bonnement ignorer les autres, c’est pas la
peine de nous effacer les articulations parce que
finalement, même à genoux, on sera toujours un peu
plus grand que toi. Faut dire que
« On » : hommes, femme de la rue, ça
fait tellement de temps qu’on grimpe sur le
mépris que : forcément…
— Alors Marcel ?
— Laisse tomber le café, la pression,
m’faut un truc fort. Et sers m’en un
double !
Ce qui me fait penser à
Je viens
de lire une série d’avis dans un magazine
littéraire et nouvelliste intitulé « Les muses à
tremplin » ou « Foyer d’auteurs émergeants »
– magazine pertinent — j’en
reparlerai. La question posée est « Comment bien
écrire un best-seller et qu’est-ce que bien
écrire un best-seller ? », à l’issue de ma
lecture, je me renverse sur ma chaise, réfléchis un
peu, puis me relis l’ensemble et me dis, tiens,
c’est curieux. Entendez par « C’est
curieux » que nul n’aborde le phénomène en
cherchant le point commun partagé par tous les
best-sellers, parce que bien sûr il en est un, celui
la même qui fait que jamais je n’en écrirais
un, comme bon nombre d’entre nous qui
s’adonnent à l’écriture . Question
d’éthique ? Non sûrement pas, ni
d’ailleurs de principe, non, simple question de
partage, car voyez-vous, ce qu’ont tous les
best-sellers en commun, ce sont des spectateurs.
C’est-à-dire des personnes assistant au
spectacle — bon ou mauvais le spectacle, là
n’est pas le propos — mais qui jamais ne
sont acteur ou intervenant dans l’œuvre
proposée. Ils assistent, mais jamais ne participent,
jamais leur imagination n’est sollicitée pour
remplir les combles laissé à leur intention. Dans un
best-seller, l’auteur ne laisse aucun
interstice, aucune information en absence qui devrait
être imaginé par son lecteur. Un best-seller
c’est une machine à passer le temps
agréablement, presque béatement, mais de notre
imaginaire le best-seller se fout. Assied-toi,
muselle ta créativité, tout ici te sera dit,
expliqué, démontré. « Éh, tiens ta place, tu
n’es que lecteur ! Du talent toi, t’en as
pas ! »
Sur ce, je m’en retourne à l’écriture, je
vais m’essayer à un genre ou nous sommes deux,
un genre ou je te laisserais une place sur le banc de
mon roman, à toi lecteur, parce que les histoires
d’amour sont si belles dés lors qu’on les
construit en couple.
— En ce moment, sept à huit mille signes par jour.
— Traducteur pour les sourds et malentendants. C’est chouette comme boulot, elle dit.
Je n’ose démentir.
Ça a l’air de lui faire plaisir.
Je n’ose pas non plus lui préciser qu’en plus de surdité je m’occupe de cécité, vu que jour après jour, je Braille dans le silence.
Ensuite, vous dire que ce blog sera désormais alimenté de manière épisodique, pour ne pas dire : de façon aléatoire, vu que j’ai replongé dans du long, genre quelques centaines de milliers de signes qui tous vont tenter de vous suspendre un peu au dessus de la vie l’espace d’un moment de lecture.
Adonc, à bientôt.
P.S. Et j'oublie pas les maillots
« Et puis voilà » il répète l’air vaguement inquiet.
Si le propos m’attriste, c’est pas tant pour le funèbre, non, de ça je m’en fous, je m’en tape comme pas permis, la mort viendra et, comme dans la chanson, probablement « que la mienne n’aura pas comme dans le Larousse, un squelette, un linceul, à la main une faux, mais fille de vingt ans à chevelure rousse. En voile de mariée, elle aura ce qu'il faut* ».
Je m’en tape.
Mais
Finir dans une boîte de mon vivant.
Recueil de souvenirs itinérant.
D’un déménagement au suivant
Mais
Empilés les amants, les amours
Par clichés souvenirs compte à rebours
Après lui, l’autre, c’est ton tour
Mais
Finir consultation mélancolique
Un soir de blues amer-panique
Se mélanger avec machin, bidule, Eric…
Mais
Mais je recommande à boire, paye un verre à l’oracle soifard.
— On finira tous dans des boites, c’est ainsi, il dit.
— C’est ainsi je répète, et ajoute les mots du poète : « Il semble que la mort, est la sœur de l’amour, la mort qui nous attend et l’amour qu’on appelle, et si lui ne vient pas, elle viendra toujours* »
Il finit son verre, semble se perdre un peu dans lesdits mots, puis dis :
— Dans une boîte ou un album photo, elle viendra toujours.
* "Ne chantez pas la mort" . Paroles : J.R Caussimon, musique et interprétation : Léo Ferré.
