Comme à chaque fois je prends mon temps, furète, m’arrête, repars et continue comme ça jusqu’à tomber là-dessus : sorte de combinaison de musiques souvenirs de l’enfance mixée tout exprès pour moi.
Faut dire qu’il y a là un doucereux mélange d’African Beat et de Reggae, faut dire que ça Soul et Swing comme pas permis. Un peu comme si l’on avait mélangé le roi Féla Anikolupo Kuti, Monsieur mélodie Marley, la rythmique à la Keziah Jones et le tempo-voix d’Otis Reding, et que, faisant ça, on les avait fait femme, et jolie femme par-dessus le marché…
Vas y Nneka, balance du talent à tout va, te gêne pas surtout et replay, parce que ça donne envie de faire, de dire, juste envie de vivre :
Monter le son
Pareil, mais zaper le spitch d'Émma De Caunes parce que c'est pas parce que l'on à rien à demander qu'il faut pas poser de questions (3'22)
Il
referme sa valise. Par la fenêtre, il jette un
dernier regard sur ce qu’il croyait être son
quartier. On ne passe pas seize années dans les bras
d’une ville sans en tomber amoureux. Lui le
sait, mais eux ne le comprennent pas.
Eux : les 53%.
Les
clans des rues, les clandestins
Les cris des chiens hurlent à la ronde
J'suis pas inscrit sur la mappemonde
Y a pas d'pays pour les vauriens, les poètes et les
baladins
Y a pas d'pays, si tu le veux, prends le mien
Devant sa
porte, deux hommes en uniformes attendent,
l’attendent pour le conduire à
l’aéroport. Il ne comprend pas, ne réalise pas
encore. Il ne gênait pourtant personne, il dit. Le
répète à l’infini…
Que
Paris est beau
Quand chantent les oiseaux
Que Paris est laid
Quand il se croit Français
Il travaillait, rentrait le soir venu dans sa chambre
de bonne, chambre exiguë, pour y regarder la
télé ; boire le thé ; écrire à la
famille ; lire…
Il ne gênait pourtant personne…
Avec
ces sans papires
Qui vont bientôt repartir
Vers leur pays les chiens
On a tout pris, chez eux y a plus
rien
Que fera-t-il arrivé là-bas ? Rabat il
s’en souvient si peu… Sans parler que
ses souvenirs à lui sont en langue française, la
seule qu’il connaisse, alors forcément,
forcément Rabat n’est pas sienne, ne l’a
jamais été. Ne le sera jamais.
De
rétention en cale de fond, j'en ai même oublié mon
ombre
J'me promène moins dans vos décombres
On m'a donné un bout de rien
J'en ai fait cent mille chemins
J'en ai fait cent
J'en ai fait un
Un chemin de l'identité, l'iditenté, l'idétiten,
l'itendidé
A la ronde
Et dans ce flot d'une idée rien, j'aurais plus de
nom, j'aurais plus rien
Dis moi c'est quand, dis moi c'est quand
Que tu reviens ?
Il a
peur. Ses mains tremblent, ses yeux cherchent une
aide, une niche ou se poser, quelque chose qui fasse
qu’il ne défaille pas, un objet familier auquel
se raccrocher, n’importe… Mais la
chambre est vide, semble plus petite encore ainsi
dénudée, qu’on a du mal à imaginer qu’ici
vivait un homme pour la moitié de son salaire.
Que
Paris est beau
Quand chantent les oiseaux
Que Paris est laid
Quand il se croit Français
Plus tard, à bord d’un fourgon, il longera le
Canal Saint-Martin, verra pour la dernière fois la
cité dans laquelle il a grandi. Au coin de cette
rue : le premier baiser, plus loin le premier
« Je t’aime » et …
Avec
tous ces champs de tir
Et tous ces fous du tir
Ils visent pas que les lapins
C'est plus du gros sel, c'est des marocains,
Des missiles solaires... ou des skuds
Et moi, avec mon pistolet à bouchon
Je pars au front
Encore un plus tard : s'envolant vers le soleil,
il a froid : 100% froid.
Paris
s'ra beau quand chantera les oiseaux
Paris s'ra beau, si les oiseaux, mais non…
Paris s'ra beau car les oiseaux
Allez, Paris s'ra beau*
* « L’
Identité » Des Têtes raides, avec Noir
Désir.
Il
s’assoit : toujours à la même place :
toujours le dos tourné au comptoir, toujours face à
la baie vitrée.
Il ne commande pas, inutile, ici on sait ce
qu’il boit.
Nul ne lui adresse un « Bonjour » ni une
quelconque civilité, pas la peine, il ne répond
jamais tant il est occupé à mâcher, remâcher sa vie,
les yeux perdus quelque part rue de la mélancolie.
Je l’observe souvent et souvent je me dis que
je voudrais pas finir ainsi, vieil homme attendant la
délivrance dans un bistrot vieillot.
« Sarah » il dit.
« Sarah » il répète inlassablement, tandis
que toujours ses yeux se perdent rue de la
mélancolie. Rue des Regrets peut-être…
Raconter
une petite histoire entre deux tours, le lendemain
d’un premier mai, sans trop se mouiller.
Faire attention de ne pas déraper vu que quand même
j’ai sûrement des lecteurs de droite, ne pas
les froisser et donc, ne pas dire ma surprise en
lisant ce matin, un article intitulé :
« L’élite artistique soutient Nicolas
Sarkozy ».
Retravailler son intro parce que là ça fait billet de
blog d’opinion, soit ce qui compose le net
depuis un moment et : ras le bol.
Recommencer :
Je me lève. Il est tôt, tard, je ne sais plus, je
crois même que je m’en tape. Au pied du
lit : mes fringues. Dans le crâne : quelque
chose comme des millions de tonnes de plomb qui
voudraient me faire croire qu’un type à
découvert la pierre philosophale, soit comment
transformer un litre de liquide en une masse
exponentielle et solide dans un délai d’à peine
quatre heures. Je jette un coup d’œil au
réveil, disons quatre heures trente environ…
Le levé est laborieux, la douche salvatrice, le café
chaud et je refais surface plus ou moins.
Ensuite mes gestes se déroulent très ordinairement,
Aspirine, allumer la bécane, me poser devant, lire
les mails, y répondre, faire le tour de
l’actualité :
« L’élite artistique soutient Nicolas
Sarkozy ».
Ça m’intrigue, voyons :
« Johnny Halliday, Christian Clavier, Jean Reno,
Henri Salvador, Doc Gynéco, Charlotte Trampling, un
type de la Star Ac, Jacques Seguela… »
Ah la belle élite artistique, me dis-je. Sans parler
qu’une ancienne Miss s’est glissée dans
les rangs de ladite élite.
Alors maintenant c’est sûr, la culture est
sauvée.
J’ai presque eu peur moi.
