Ah, la belle image

   Des mots, toujours les mêmes. Des « Je t’aime » qui reviennent toujours identiques à eux mêmes, des qui s’en vont, des qui s’affichent dans des lieux publics et dans la blogosphère, des mots comme du poison, des qui donnent du courage, celui de n’être plus dans le cœur des souvenirs, dans celui des regrets. Des mots comme un espoir qui s’en voudrait d’être au passé, des mots qui se recueillent et qui flottent quelques instants, des mots qui gueulent l’abandon et qui gueulent la renaissance, des mots comme un soutien de l’âme, des mots comme des pièces d'échec qui vont et se déplacent. Hier j’étais roi, un peu trop cavalier, aujourd’hui je suis pion sorti du damier. Des mots noirs, des mots blancs, des mots qui s’outrepassent dans des circonvolutions, qui s’entrelacent en un pas de deux puis qui s’effacent laissant la place à d’autres mots, les mêmes et à la fois si différents. Des mots pour, des mots contre, des mots qui font mal, des mots qui font du bien, des mots vrais, des mots sains, des mots qui n’enlèvent rien mais qui entravent que dalle, des jolis mots amis-ennemis : mots ressentis. Des mots qui ne concernent plus et c’est tellement tant mieux tout ça, c’est tellement mieux comme ça. Des mots imagés, des mots réfléchis et qui glacent la vie, qui la fige et qui, en majuscule s’affichent : hier j’étais ici en minuscule, à la même place, exactement. Aujourd’hui je suis plus là en capitale comme on efface la pluie, comme on oublie, comme on modifie la forme pour l’adapter au fond.
   Des mots…
   Des mots qui disent : c’est bon de te sentir vivre à l’autre bout, heureuse enfin, et voilà tout.

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Variation autour de Christmas card from…(3)

    Tom Waits chantait Christmas card from a hooker in Minneapolis et y avait des sons là-dedans qui faisaient que la chaise, le monde sur lequel il s’était assis, face à elle dans ce petit bout de vie, terrasse couverte, signalait par intermittence, l’urgence d’un sentiment.
   Elle avait le regard clair, ce genre de regard qui faisait que lui, toujours posé sur sa chaise, trouvait ses gestes maladroits, maladroites ses paroles, se trouvait maladroit tout à fait.
   Tom Waits ne chantait pas Christmas card from a hooker in Minneapolis, c’est pas vrai, et, pour être vrai, donc, Tom waits ne chantait rien. Même que Tom Waits ce soir-là n’était pas dans ce café là, sans doute parce qu’il n’avait rien à y faire. Que Tom Waits traînait ailleurs, loin là-bas du côté d’une Californie que lui imaginait être côté plage, blanche de sable : sa peau, puis plus loin, comme la mer vous mouille les pieds d’un bleu lagon : ses yeux.
   Et ce sourire qui flinguait ses intentions, celles de lui prendre la main, juste comme ça, juste pour sentir la chaleur de ses yeux en lui touchant la peau.
   Il pensa :
   « Je fais quoi moi Madone, face à ça ?»
   Repensa :
   « Rien »
   Oser est difficile.
   Toujours
   Tom Waits ne chantait pas
Christmas card from a hooker in Minneapolis, n’empêche qu’il avait dans la tête cette musique-là, entêtante, tentante, désireuse…
   Plus tard, ils avaient navigué ensemble, d’une station à la suivante.
   Plus tard il pensait, assis à côté d’elle dans un wagon de métro, la regardant :
   
Falguière.
   
Pasteur
   « Toucher sa peau. »
   Il aurait bien voulu mais il avait l’osement qui se trimballait mal, qui se réservait côté des envies muettes, genre : bouge-pas-parce-que-sinon-tu-vas-t’en-prendre-plein-la-gueule-comme-d’hab.
   
Volontaires
   
Vaugirard
   
Convention
   Il n’avait rien trouvé d’autre à dire, alors, désignant ses pompes à elle, puis les siennes, il avait dit :
   « On a le même chausseur. »
   Ce qui, à la réflexion, était tout à fait con.
   
Portes de Versailles
   
Corentin Celton
   Tom Waits ne chantait pas
Christmas card from a hooker in Minneapolis, parce que Tom Waits ne chantait pas, parce que toujours Tom waits se trouvait de l’autre côté de la terre à s’en griller une ou à faire la fête avec ses potes ou tout autre chose qui lui plaisait.
   Elle lui plaisait.
   Pas d’une façon qui fasse qu’il lui propose une chambre d’hôtel là et maintenant.
   Pas de cette façon là.
   Plus que ça.
   Rentrant chez lui, marchant, il avait fourré ses mains dans ses poches, refermant ses poings sur son manque à dire et il s’était promis d’écrire cet espace tranche de vie comme on parle des bels gens. De ceux, si plein de grâce, qu’on a envie de leur toucher la peau, juste comme ça, juste pour s’en inspirer un peu et respirer davantage.
   Les belles personnes…

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