« Si l'on souhaite savoir où crèche Dieu, il suffit de le
demander à un ivrogne. »
Bukowski
Je ne sais pas où ça va
……Qu’est-
ce que je fais.
……Je
sais pas.
……Qu’est
ce que je suis.
……Je
sais pas.
……Qu’est-ce
que je fais là dans la « rue ».
……Me
perdre ou me trouver.
……Suis
pas foutue de le dire.
……Ni
même envie de savoir.
……Pas
envie de me savoir.
……Le
tout, c’est d’arriver à l’ultime, à
l’absolu, au final être saoule, saoule comme hier, et
hier, et hier, et hier, et…
……Alcool.
……Danse.
……Musique.
……C’est
ça… Musique ! Au Cirque, elle est bonne. Et la
bière… Cent sortes de bières !
……Avant
j’étais une femme sérieuse.
……Avant.
……Avant
est loin. Un mois, deux ?
……Avant,
j’étais la femme de quelqu’un.
……Avant…
***
……Rentrer
chez soi, pour moi, c’est sortir de taule, réintégrer
la « rue », ma rue. Me rouler dans ce monde de misère,
monde aux paluches sales, craspouilles, mais mains toujours
ouvertes.
Je
m’arrête un instant, m’allume une clope, une
vraie. Putain que c’est bon !
……—
Restez où vous êtes, il a gueulé !
……Je
me suis barré dans la direction opposée, résultat : trois
mois de plus.
……—
Né de père inconnu, qu’il a dit le procureur, avec un
air méprisant. Votre mère ? Tout le monde a une mère, même
les gars de votre espèce. Son nom.?
……—
La « rue » ! j’ai dit :
……—
Trois mois de plus !
……—
Votre nom ?
……—
Tipi ! j’ai dit :
……Trois
mois de plus !
……Quand
j’ai vu que ça se barrait comme ça, j’ai plus
rien répondu :
……—
Trois mois de plus !
……Le
« Proc trimestriel » qu’on le surnomme. Je le savais.
Là, je l’ai compris.
……Après
ça, va t’en trouver du boulot ! Un normal je veux
dire. Inutile. Alors tu prends ton sac, tes cliques, tes
claques, et ta réinsertion tu vas la faire, là où,
c’est sûr, jamais tu trouveras un casier vierge : la
« rue »
……Je
balance ma clope au caniveau, respire et entre dans la
Maison Jaune.
……—
Alors ces vacances ? Balance le patron, un sourire
goguenard sous ses moustaches.
……—
Ça manquait de filles, et la bouffe, c’était pas ça !
…Dis t’aurais pas besoin d’un…
……—
Ton tablier est sous le comptoir !
……Voilà,
aussi simple que ça…
……—
Un type va passer tout à l’heure, tu lui remettras le
paquet qu’est dans… enfin, tu sais !
………
De replonger !
***
Je suis la
rue, l’artère, la rue sang du monde, rouge de
plaisir, ivre de joie, bleue de nuit, bleue de blues. La
rue qui bat palpite, la rue qui s’fout les veines en
l’air, vend ses charmes, exalte ses peurs pour les
vomir, les pleurer, au petit matin, au petit crachin, au
petit chagrin… et qui, quelquefois, livre un corps
entre poubelles. Je suis « la rue », je célèbre la vie à
mort !
***
……—
Une bière, s’il vous plait !
……Une,
puis une autre… après, quand je flotterai un peu,
j’irai faire un flipper à la Maison Jaune. Me
déchaîner sur la machine, j’aime ça.
………
mensonge, me dis-je. La vérité toute crue, c’est que
je me sers du flipper pour attirer son attention. Lui
balancer mon cul l’air de pas en avoir l’air.
Remuer mon joli petit cul de fille seule, je le fais mieux
que personne. Mais tout à l’heure c’était pas
Tipi au bar, c’était le patron. Bien obligée de le
reconnaître, si c’était juste pour le flipper
j’y serais allée quand même… Alors je reste
là, devant ma bière, les pensées tendues vers lui, pensées
bercées par Janis.
……J’ai
le Kozmic Blues à fond, oui.
……Un
mec entre, un que j’ai jamais vu, il ne
s’assied pas, reste debout tout au bout du comptoir.
Moi, je suis à ma place, à l’opposé, près du cul de
femme en plâtre, en marbre… je n’ai jamais su.
……Il
déclare à la cantonade en ouvrant large les bras :
……—
Il faut éclabousser le monde !
……Puis…
……—
Je m’appelle Taran, je suis z’un hongr...
z’un hon-grois, ja ! Sculpteur hon-grois !
……Et
sa voix résonne, ses mots cinglent, claquent comme fouet
sur les murs carrelés de bleu, de blanc.
……Il
demande le téléphone, s’ébouriffe les cheveux. Clairs
les cheveux, châtains et fins — je pense : des
cheveux d’enfant — et clairs les yeux, délavés,
couleur du nord, des yeux marins usés au sel .
……Il
parle abondamment, il dit avec un accent métissé non
identifié collé au timbre de l’alcool :
……—
Viens me chercher Edward, ça tu dois faire pour moi, ma
femme elle veut pas. Olga elle veut pas venir chercher son
petit ma-ri ché-ri, ce vau-rien qui vaut rien…. Olga
elle est avec sa copine, je sais pas ce qu’elles
for-niquent. Hilda et Olga. Hilda elle est jolie ça oui !
Foutre-ment ! Olga et Hilda vont en bateau. Hilda tombe
dans l’eau. Et keski reste, hein ? Olga. Ma femme.
Evidemment, celle-là elle reste. Toujours, et puis encore
toujours. Et puis, moi, hein, je suis là comme une
conne-rie d’or-dure où je me pré-lasse. Edward, je
n’ai que toi. Edward ? allo ? allo ? Coupé !
Godverdom !
……Mais
de Taran, je m’en fous…
……Je
ne sais pas où ça va…
……Tipi
!
……L’effet
qu’il me fait
……Penser
à lui
……Même
furtivement…
……C’est
la mer
……La
marée qui me monte du bas-ventre au cœur et puis ce
goût-là m’arrive dans la bouche, redescend et…
ressac once again ! Sensation infiniment complexe,
jouissance et, dans le même temps, au bord des yeux les
larmes, au bord des lèvres le cœur. Suis retournée,
chamboulée, remuée est le mot, chavirée aussi convient.
……Mal
ou bien de mer… tôt ou tard m’échouer …
somewhere.
……Tipi
!
***
……Elle
vient depuis quelque temps déjà, elle joue, se la joue, me
la joue au flipper. Je lui plais, elle me plaît, elle sait,
je sais, nous savons, tout le monde sait, mais nous
n’osons faire voler en éclats ce « savoir », nous
n’osons transformer le présent en imparfait, pas
encore.
***
Je suis la
mère ogresse, dans la jouissance j’enfante, dans la
démence j’allaite, mes gosses dansent sur mes seins
pavés, dansent et tournent jusqu’à rompre vie. Je
suis celle qui reprend ce qu’elle offre, je suis la
rue becteuse d’âmes.
***
……Il
m’a vue, repérée, il se rapproche, abandonne le
téléphone, caresse le cul de plâtre de marbre ; caresse
instinctivement comme tous le font, comme je le fais moi.
……Il
ouvre à nouveau les bras, invite :
……—
Hé, hola ! Champagne ! Taran régale le monde !
……Puis,
à moi :
……—
Tu veux des fleurs toi Madame jolie ? Je te paye des
fleurs. Garçon.!
Téléphone, als u blief ! Ja, dank u ! T’as le nom
d’un fleuriste ou je fais Interflora ? Interflora
jamais il dort… Allo ! je voudrais cinquante roses
rouges pour Madame jolie, neen, cinquante et une fleurs,
faut que ce soit impair, hein, tu sais ça, ja ? Adresse ?
Attends, je demande : rue Rodu,… non… rue
Rotuuur… numéro treize, Le Cirque Divers, à Liège,
ja ! Belgique. Ok.
……Et
sa main bat l’air alentour :
……—
Il faut inonder le monde, que ça gicle ! Eclats et
boussures, ja ! et tu sais, tutti quanti enzovoort ! Je
meurs ! Et Olga vient pas chercher son homme…
……Tant
mieux de tant pis ! Je bois, je pisse et je gerbe des morts
!
……Et
moi…
……Je
ne sais pas où ça va…
……Lui.
……Tipi.
……Dans
ma tête.
……Dans
mon ventre.
……Dans
ma nuit.
……Je
l’appelle.
……Je
l’appelle.
……Tellement
je l’appelle.
……Et
je bois.
……Et
Janis chante :
……«
Oh Lord, won't you buy me a night on the town ?
I'm counting on
you, Lord, please don't let me down.
Prove that you love me and buy the next round,
Oh Lord, won't you buy me a night on the town ? »*
***
J’en
ai dépensé des vies pour être, consumé des rêves, des
envies, j’en ai brûlé des espoirs, rangé des passions
au placard, j’en ai bouffé du pain noir, si noir, que
dans mon ventre, la lumière se fait
pénombre.
***
……Le
sculpteur Zon-grois me tend une coupe :
……—
Et toi Madame ? Tiens, prends Champagne !
……—
Non merci, je fais, j’ai déjà ma bière.
……Mais
je le regarde. Je le vois. Il est transparent. Je pense «
C’est une crevette… comme moi, ballottée,
bringuebalée, comme moi ».
……—
C’est comme tu veux. Tu me plais, tu sais, toi !
J’aime les femmes à bière !
……Il
vague un peu, s’évade, hoquette, cherche à amorcer
une idée, la trouve, la perd puis … :
……—
T’as raison… les femmes à Champagne
c’est de la merde ! « De la merde ! » il répète pour
le cul de marbre en plâtre.
……Ma
bière bue, j’attrape mon sac, je m’en vais,
envie de danser, en face, au Lion.
……Je
l’entends :
……—
Eh ! Madame ! Pars pas !
……Je
ne me retourne pas. Je suis partie déjà. Froid, pavé, « la
rue », son odeur-pisse-de-chat-de-chien-d’homme.
Pénétrante, écœurante, enivrante… Je passe
d’abord devant la Maison Jaune. Merde ! Flipper pas
libre, « dommage , c’est « lui » au bar ! » Je me
pointe quand même dans l’entrée, balaie
l’espace du regard, moue désinvolte. Il m’a
vue, c’est bon, je repasserai plus tard. Je sonne au
Lion. Jacques me fait attendre. Il ouvre le judas.
……—
T’es seule ? il fait
……—
Ben oui, tu vois pas !
……La
porte noire s’ouvre, se referme.
……J’entre
dans la musique.
***
……Ce
soir, la rue est pleine de rires, d’engueulades,
comme chaque soir la rue se fait théâtre de vie : chiens,
hommes, filles à la beauté pleine et qui la vende,
d’autres non, chats fouillant les poubelles restaus,
bistrots, chats efflanqués guettant derrière les fenêtres
des cuisines, des hommes encore : beaux, aux gueules de
pochards célestes, et des filles encore : sculptées par la
nuit, et sur leurs lèvres, la lune qui se dessine, fascine,
et les chiens qui voient ça et qui hurlent.
……Ce
soir, je marche la tête en vrac, les idées au foutraque,
j’arpente ma rue.
……Nuit
de chien.
……Sur
la scène bord trottoir, l’une d’elles
s’avance, me tend un miroir, me dit «
.regarde
! ». Et comme je relève la tête de mon reflet, elle prend
mes lèvres et dit « Tu viens ?! »
À toutes je
plais, et toutes elles me veulent, mais moi Tipi je ne
pense qu’à «.elle
».
……Nuit
féline.
……Ce
soir, je marche, chantonne : « Les hommes, il ne
conviendrait de les connaître que disponibles, à certaines
heures pâles de la nuit, près d’une machine à
sous**… »
……Nuit
citadine.
……Ce
soir, je marche en direction de la « Maison Jaune »,
bistrot s’il en est, pour y prendre mon service.
Tipi,
c’est ainsi que la rue m’appelle. J’ai,
dans les cheveux, des plumes. Elles sont sorties de mon dos
pour se planter là.
……Nuit
divine.
……«
Elle est passée. Elle était seule, alors peut-être, ce soir
c’est ma chance. »
***
Je suis de
ces rues interdites à l’ordinaire, de ces rues
mal-pensantes que le quidam réprouve de jour et dans
laquelle, à l’abri des consciences, il vient se
fondre la nuit. Je suis la rue des marins en partance, des
putains sans repentance, celle des junkies, des clowns, des
artistes de tous poils et qui de leurs poils me peignent,
je suis la rue poumons du monde, je suis étroite comme
l’entrecuisse d’une pucelle, j’ai le
cœur gros comme l’univers, les idées à
l’envers, je suis l’endroit, miroir de vos
têtes, alouettes.
***
……Je
danse. Quand je danse, je suis tout à ça. Jusqu’à la
transe, jusqu’à l’extase ; je croise des
regards mais plus rien n’existe. Que la musique et
moi dedans et mon sang qui bat.
……Janis
encore : « Cry Baby »
……Je
ne sais pas où ça va…
……Je
suis folle.
……Suis-je
folle ?
……Je
suis folle mais pas encore assez.
……Pas
encore assez.
……Pas
encore assez.
……Pas.
……Encore.
……Assez.
……Et
comme ça.
……Jusqu’à
l’épuisement.
……Après,
ça va. Ça va mieux. Là je m’arrête un peu, commande
un verre au bar, cachaça, j’aime ça. Grabuge. Jacques
s’encolère avec un gars à la porte qu’il ne
veut pas laisser entrer. Le gars tambourine sur la porte
comme un forcené.
……Je
reconnais la voix : Taran le sculpteur z’hon-grois !
……Je
dis :
……—
Laisse entrer, Jacques, ce type est avec moi.
……—
T’avais pas dit que t’étais seule ?
……—
Allez, sois sympa, je le connais, c’est une crevette
……—
Une quoi ?
……—
Rien.
……Taran
entre il tient une brassée de roses rouges ; il est
échevelé, débraillé, attendrissant. Il me voit, tombe sur
moi avec toutes ses fleurs : cinquante et une.
……Il
dit :
……—
Pour toi !
……J’ai
envie d’être méchante, alors je réponds :
……—
Je n’aime pas les roses rouges, que les jaunes !
Tache de t’en souvenir la prochaine fois.
……Mais
il me désarme, il dit :
……—
Ok ! Il y a téléphone ici ?
……Bon,
assez parlé, la piste m’appelle. Je danse. Je danse.
Je danse.
……Ensuite
j’attrape la main de Taran et je dis, :
……Viens
le Zongrois, on change de crèmerie !
***
Je suis la
rue, je sinue, insinue d’un bouge à l’autre,
m’ouvre, mouve, je perpétue, tue, je déglingue,
dézingue les espérances sur bord de zinc, je passe outre,
je suis outre, j’Outremeuse.
***
……J’ai
fini mon service, balayé le bistrot, collé une bouteille
moitié pleine de scotch dans les pognes de Jujube pour
qu’il la range sous son manteau, tout contre son
cœur de poivrot, et qu’il décampe. Ce
qu’il finit par faire après m’avoir raconté
pour la énième fois à quel point la vie est moche et mal
foutue pour qui a défendu son pays son existence durant.
……Jujube,
accordéon en bandoulière, chihuahua obèse posé sur
l’épaule, a couru le monde, vendu ses talents
d’égorgeur patriote aux quatre vents, avant que
d’échoir dans la rue, avant que de se faire happer
par elle. « Avant est si loin….»
dit-il.
……Depuis,
au coin, un peu plus loin, il joue des chansons tristes, et
lorsqu’il pleure sur le passé, son chien boit sa
tristesse à la source, tandis que ses doigts courent sur
des gâchettes désormais diatoniques.
……Mais
ne vous y trompez pas, mieux vaut ne pas lui faucher sa
bouteille, ni même essayer, car alors le colosse se
réveille et ses mains dans lesquelles souvent il pleure,
cherchent et retrouvent le chemin du passé.
……Écoutez
sa musique, déposez votre pièce, mais ne regardez pas le
vieil homme dans ses yeux bleus mouillés de sang. Jamais.
Ils ont tant vu, vécu tant de galères, tellement, que le
diable en personne, une nuit d’ivresse, s’y est
perdu.
……—
Elle t’attend, il dit, avant de s’en aller.
……—
Qu’en sais-tu toi ?
……—
L’amour, la haine, c’est la même odeur. En
passant tout à l’heure, elle a suspendu son parfum
aux étoiles.
***
Je suis
mange monde, ventre, viscères, crève-cœur, je suis
votre dernière chance mais jamais ne vous la laisse, je
suis celle qui prend sans jamais rendre, je suis
l’autre côté de vous, résipiscence psyché, purgatoire
des sens, je suis l’asile du mal-être, antre de
l’excès, gîte des folies, je suis « La rue »,
répugnance à normalité.
***
……Jujube
s’est installé sur son bout de trottoir. Je
l’ai regardé faire en mettant le feu à ma clope,
puis, comme à chaque fois, avant que de jouer, il a gueulé
: « Frères humains qui après nous vivez n’ayez contre
nous les cœurs endurcis, car si pitié de nous pauvres
avez, Dieu en aura plutôt de vous, merci ! », alors, les
notes pulsées ont bercé le petit matin, et moi, je suis
parti à sa recherche.
***
……Le
volet de La Maison Jaune est descendu.
……Ça
me tue.
……Il
n’est que cinq heures pourtant ?
……Ne
pas pleurer.
……Ne
pas répandre mon envie de lui, là, dans la « rue »
……Ne
pas pleurer.
……Il
y a de la lumière un peu plus loin comme un ultime sursaut
de nuit.
……On
entre dans le dernier bistrot de la rue, Honolulu, en
réalité c’est un restau, mais qu’importe, à
cette heure-ci : Vodka !
……On
s’attable le Zongrois et moi. Il m’avoue
qu’il n’est pas hongrois mais moitié flamand,
moitié tchèque. Qu’il ne s’appelle pas Taran
mais Frans.
……Qu’il est
sculpteur, oui, mais sculpteur verrier. Je pense :
c’est un chouette gars. Au fond comme butin de nuit,
c’est pas si mal : un faux Zongrois et cinquante et
une roses…
……Puis,
tandis qu’il parle, parle et parle encore, je sens
une présence dans mon dos, puis deux mains se posent sur
mes épaules, des lèvres trouvent mon cou, frisson,
c’est doux, c’est… le ciel qui explose,
se déchire, s’ouvre et je sens, je sais : Tipi !
……—
Je vous cherchais Mad’âme, tu viens ?
……Déjà
je suis debout, déjà je prends mon sac, oui je viens, que
puis-je faire
d’autre ? Je viens depuis le premier regard, depuis
tout le temps, je viens depuis toujours…
……Je
viens
***
Je suis la
rue des amours bancales, des amants famine, dégrafe
passion, bousille tendresse, découd illusions, dégomme
liaisons, brûle câlins. Je suis «
.La rue Vie
» celle qui punit, je suis celle qui
gagne.
***
……Comme
au matin du monde.
……Ils
sont là, mélangés.
……Sur
cette couche, dans la lumière blafarde.
……Elle
dessus, lui dessous.
……Lui
dessus, elle dessous.
……Ils
mouvent.
……Sens
dessus dessous.
……Silencieux
et graves.
……Ils
se mangent.
……Ne
savent plus.
……Rien.
……Qui
est l’un qui est l’autre.
……Ne
savent pas.
……Plus.
……Eperdus.
……Perdus
au milieu des roses.
……Taran-Frans
endormi dans un fauteuil pas loin, émerge. Il les voit, les
regarde, Son visage s’illumine.
……Il
dit :
……—
Téléphone. Il y a téléphone ici ?… Edward ! Je dois
te dire… je vois la beauté. Je vois l’Amour.
La lumière, Edward, je vois la lumière. Je vais sculpter la
lumière, Edward, je vais sculpter la lumière du Grand Tout.
……Et
il rit.
***